Prostitution étudiante : fin d'un tabou ou propagation d'une rumeur ?
[i]“Dans cette rue sombre proche de la gare Saint-Lazare, l'homme attend au bas de l'immeuble, silhouette courbée rasant les murs. L'adresse qu'il nous a donnée au téléphone n'est pas la bonne. Il nous entraîne un peu plus loin, dans une arrière-cour, puis dans un petit ascenseur sans lumière. Au sixième étage, on débouche dans une chambre d'à peine dix mètres carrés : un néon verdâtre, un vieux lit en mezzanine et une douche en plastique crasseuse. «Voilà, dit Amar. 650 euros, à négocier si arrangement.»
Enervement.La formule est la même que dans l'annonce postée sur Missive. On demande des précisions. «450 eurosplus deux week-ends de sexe par mois», répond-il. Amar habite en banlieue : les «week-ends de sexe» peuvent avoir lieu ici ou chez lui, dans les Yvelines. «Je peux faire un bail, mais il va falloir être très gentilles.» Amar a fermé la porte, et reste debout, appuyé contre la poignée. Son ton devient agressif : «C'est une bonne offre, les agences demandent 850 euros plus une caution pour ça.» «C'est pas une arnaque», répète-t-il de plus en plus énervé et menaçant.” - «Loue studette contre pipe» Libération, Certains propriétaires profitent de la crise et, contre un logement, proposent un nouveau type de troc. «Libération» a testé quelques annonces sur Paris
Conséquence de la paupérisation des étudiants, mais aussi d'une vision de plus en plus consu mériste de la société, le phénomène passe en tout cas largement au travers de l'action des services sociaux ou universitaires. Aucune étude n'a été menée sur le sujet. Seul le syndicat SUD-Étudiant ose avancer un chiffre. Selon lui, 40 000 étudiants se prostitueraient, des filles à une écrasante majorité, soit près d'un étudiant sur 57. Un chiffre à prendre toutefois avec des pincettes.
« C'est vrai, le phénomène existe, confirme Guillaume Houzel, le président du conseil de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE). Il faut dire que, depuis quelques années, nous constatons une tension croissante sur le pouvoir d'achat des étudiants. Avec la hausse des prix de l'immobilier, leurs dépenses de logement augmentent. Pas le montant des bourses. »
Résultat : selon l'OVE, plus de 45 000 étudiants vivent aujourd'hui dans une situation de très grande pauvreté et 225 000 peinent à financer leurs études. Cela constitue un réservoir considérable de candidats prêts à tout pour gagner un peu d'argent. Sans parler des quelques-uns attirés par le luxe et les paillettes, un phéno mène qui a toujours existé selon un enquêteur de la brigade de répression du proxénétisme de Paris (BRP).”
Buzz médiatique autour d'un tabou ou effet de loupe sur une réalité exagérée alimentant la rumeur ?
Un témoignage et une étude sociologique. La question de la prostitution dans le milieu étudiant est au centre de deux ouvrages.
La prostitution étudiante à l'affiche 20minutes.fr éditions du 16/01/2008
“Pas de fric, des factures qui m'en réclament, un appart à payer. (...) Jamais un rond dans les poches, obligée de frauder les transports, une vie vaguement insupportable. Incommodante parfois, souvent embarrassante au moment de la note, mais on s'y fait. Je me dis que les 'massages' me permettraient aisément le luxe de pouvoir choisir. Je ne réalise pas que c'est précisément tout l'inverse qui est en train de se produire: je n'aurai plus jamais le choix.”
RUMEUR ?
40.000 étudiantes prostituées en France : information ou RUMEUR ? Tout est parti d'un “tract”.
L'affirmation selon laquelle la prostitution concernerait 40.000 étudiantes en France est mise en doute par certains acteurs de terrain. La fiabilité des conclusions des travaux de la sociologue Eva Clouet est pour eux sujet à caution. Faute de pouvoir s'appuyer sur des chiffres officiels fiable, la rumeur alimentée par des approximations aurait pris le pas sur l'information.
La polémique laisse clairement apparaître des enjeux de pouvoir entre les différentes légitimités intervenant dans la formation d'un discours officiel sur la prostitution. La scientificité du travail universitaire est ici en concurrence directe avec les certitudes empiriques de certains acteurs de terrain, les associations spécialisées étant interpellées dans leur domaine de compétence par l'irruption d'acteurs nouveaux qui mettent en lumière une réalité qu'ils ont pourtant vocation par nature à identifier en premier.
Ou bien ces acteurs de terrain contestent, preuves à l'appui, l'ampleur du phénomène décrit par les études universitaires, et le buzz est une baudruche médiatique qui doit être dégonflée, ou bien les travaux universitaires, qui devront sans doute être affinés, viennent combler une lacune, en décrivant une réalité protéiforme dont certains aspects nouveaux sont liés à l'usage d'internet, et dont l'ampleur insoupçonnée avant la publication de travaux et témoignages récents, échappait jusqu'ici à leur vigilance traditionnelle.
On se gardera bien de prendre parti dans cette polémique d'expert, mais on ne peut manquer de s'interroger sur les mécanismes qui font que la presse s'intéresse soudainement à un phénomène de société.
On remarquera que ce nouveau marronnier est d'ailleurs abordé sous l'angle social de la précarité des conditions de vie étudiante, et non sous l'angle de la sexualité.
En mai 68, les affiches invitaient le quidam à “jouir sans entraves”. 6 En 2008, la sexualité en tant que symptôme d'un dérèglement sociétal est notoirement anxiogène.
En 2008, on s'inquiète de la résurgence de la plus vieille aliénation de la femme au désir de l'homme en même temps que le Nouvel Observateur met Simone de Beauvoir nue en couverture sous prétexte de lui rendre hommage. Les figures de la libération sexuelle sont réintégrées dans le discours dominant sur la consommation de la marchandisation des corps librement consentie.
[i]“Dans cette rue sombre proche de la gare Saint-Lazare, l'homme attend au bas de l'immeuble, silhouette courbée rasant les murs. L'adresse qu'il nous a donnée au téléphone n'est pas la bonne. Il nous entraîne un peu plus loin, dans une arrière-cour, puis dans un petit ascenseur sans lumière. Au sixième étage, on débouche dans une chambre d'à peine dix mètres carrés : un néon verdâtre, un vieux lit en mezzanine et une douche en plastique crasseuse. «Voilà, dit Amar. 650 euros, à négocier si arrangement.»
Enervement.La formule est la même que dans l'annonce postée sur Missive. On demande des précisions. «450 eurosplus deux week-ends de sexe par mois», répond-il. Amar habite en banlieue : les «week-ends de sexe» peuvent avoir lieu ici ou chez lui, dans les Yvelines. «Je peux faire un bail, mais il va falloir être très gentilles.» Amar a fermé la porte, et reste debout, appuyé contre la poignée. Son ton devient agressif : «C'est une bonne offre, les agences demandent 850 euros plus une caution pour ça.» «C'est pas une arnaque», répète-t-il de plus en plus énervé et menaçant.” - «Loue studette contre pipe» Libération, Certains propriétaires profitent de la crise et, contre un logement, proposent un nouveau type de troc. «Libération» a testé quelques annonces sur Paris
Conséquence de la paupérisation des étudiants, mais aussi d'une vision de plus en plus consu mériste de la société, le phénomène passe en tout cas largement au travers de l'action des services sociaux ou universitaires. Aucune étude n'a été menée sur le sujet. Seul le syndicat SUD-Étudiant ose avancer un chiffre. Selon lui, 40 000 étudiants se prostitueraient, des filles à une écrasante majorité, soit près d'un étudiant sur 57. Un chiffre à prendre toutefois avec des pincettes.
« C'est vrai, le phénomène existe, confirme Guillaume Houzel, le président du conseil de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE). Il faut dire que, depuis quelques années, nous constatons une tension croissante sur le pouvoir d'achat des étudiants. Avec la hausse des prix de l'immobilier, leurs dépenses de logement augmentent. Pas le montant des bourses. »
Résultat : selon l'OVE, plus de 45 000 étudiants vivent aujourd'hui dans une situation de très grande pauvreté et 225 000 peinent à financer leurs études. Cela constitue un réservoir considérable de candidats prêts à tout pour gagner un peu d'argent. Sans parler des quelques-uns attirés par le luxe et les paillettes, un phéno mène qui a toujours existé selon un enquêteur de la brigade de répression du proxénétisme de Paris (BRP).”
Buzz médiatique autour d'un tabou ou effet de loupe sur une réalité exagérée alimentant la rumeur ?
Un témoignage et une étude sociologique. La question de la prostitution dans le milieu étudiant est au centre de deux ouvrages.
La prostitution étudiante à l'affiche 20minutes.fr éditions du 16/01/2008
“Pas de fric, des factures qui m'en réclament, un appart à payer. (...) Jamais un rond dans les poches, obligée de frauder les transports, une vie vaguement insupportable. Incommodante parfois, souvent embarrassante au moment de la note, mais on s'y fait. Je me dis que les 'massages' me permettraient aisément le luxe de pouvoir choisir. Je ne réalise pas que c'est précisément tout l'inverse qui est en train de se produire: je n'aurai plus jamais le choix.”
RUMEUR ?
40.000 étudiantes prostituées en France : information ou RUMEUR ? Tout est parti d'un “tract”.
L'affirmation selon laquelle la prostitution concernerait 40.000 étudiantes en France est mise en doute par certains acteurs de terrain. La fiabilité des conclusions des travaux de la sociologue Eva Clouet est pour eux sujet à caution. Faute de pouvoir s'appuyer sur des chiffres officiels fiable, la rumeur alimentée par des approximations aurait pris le pas sur l'information.
La polémique laisse clairement apparaître des enjeux de pouvoir entre les différentes légitimités intervenant dans la formation d'un discours officiel sur la prostitution. La scientificité du travail universitaire est ici en concurrence directe avec les certitudes empiriques de certains acteurs de terrain, les associations spécialisées étant interpellées dans leur domaine de compétence par l'irruption d'acteurs nouveaux qui mettent en lumière une réalité qu'ils ont pourtant vocation par nature à identifier en premier.
Ou bien ces acteurs de terrain contestent, preuves à l'appui, l'ampleur du phénomène décrit par les études universitaires, et le buzz est une baudruche médiatique qui doit être dégonflée, ou bien les travaux universitaires, qui devront sans doute être affinés, viennent combler une lacune, en décrivant une réalité protéiforme dont certains aspects nouveaux sont liés à l'usage d'internet, et dont l'ampleur insoupçonnée avant la publication de travaux et témoignages récents, échappait jusqu'ici à leur vigilance traditionnelle.
On se gardera bien de prendre parti dans cette polémique d'expert, mais on ne peut manquer de s'interroger sur les mécanismes qui font que la presse s'intéresse soudainement à un phénomène de société.
On remarquera que ce nouveau marronnier est d'ailleurs abordé sous l'angle social de la précarité des conditions de vie étudiante, et non sous l'angle de la sexualité.
En mai 68, les affiches invitaient le quidam à “jouir sans entraves”. 6 En 2008, la sexualité en tant que symptôme d'un dérèglement sociétal est notoirement anxiogène.
En 2008, on s'inquiète de la résurgence de la plus vieille aliénation de la femme au désir de l'homme en même temps que le Nouvel Observateur met Simone de Beauvoir nue en couverture sous prétexte de lui rendre hommage. Les figures de la libération sexuelle sont réintégrées dans le discours dominant sur la consommation de la marchandisation des corps librement consentie.
